Le conflit États-Unis/Canada/Angleterre En découdre encore pour la mer après « une guerre pour rien » ? 1812…
Résumé
Au passage du XVIIIe au XIXe siècle, l’état de guerre permanent en Europe, la perte par l’Angleterre sur le continent américain d’une partie de ses colonies, sa domination des mers et les pressions difficilement acceptées qu’elle multiplie sur les navires des Etats neutres au point de déclencher une guerre avec les Etats-Unis, vont être le théâtre sur lequel vont se jouer d’étranges défis posés à un droit international en gestation. Entre la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, c’est un vieux contentieux qui vint se greffer sur l’après conflit de 1812, déjà marqué en 1794 par une des « premières conventions d’arbitrage » qui fit suite à la guerre d’indépendance. Très vite, les relations se sont ensuite tendues entre les Etats-Unis et la Grande Bretagne, une tension un temps encore tolérée par des Etats-Unis conscients qu’une nouvelle guerre ouvrirait sur son territoire même des divisions difficiles à surmonter. En outre, Les Etats-Unis étant militairement en état de faiblesse, l’affrontement direct avec une Angleterre maîtresse des mers et un Canada britannique aux frontières incertaines risquaient de faire revivre une « nouvelle guerre d’indépendance ». C’est bien d’ailleurs ce qu’en ont retenu certains historiens, là où d’autres y virent une « guerre pour rien » ou « sans vainqueur », voire même une » guerre qui n’intéresse personne » ou, en tout cas un conflit « parmi les plus obscurs » qui soient. Déjà, d’ailleurs, le traité de paix et d’amitié signé à Paris le 3 septembre 1783 prévoyait dans son article II que « des disputes pourraient survenir à l’avenir au sujet des frontières », en particulier au Nord-est de la Nouvelle-Ecosse, à l’angle qui est formé par une ligne partant de la source de la rivière Sainte Croix vers les Highlands et le long des Highlands qui divise ces rivières qui se déversent dans celle du Saint-Laurent, de celles qui tombent dans l’océan atlantique « to the north westernmost head of Connecticut river ». Ce fut le cas et en 1814, c’est à nouveau à propos de certaines îles situées dans la baie de Passamaquoddy qu’une commission fut mise en place pour savoir » à qui elles appartenaient « en réalité aux termes du traité… du 3 septembre 1783 » ; vont alors s’accumuler, au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle, rencontres, commissions et arbitrages destinés à régler d’autres frontières séparant les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Or - même si ensuite les arbitrages qui vont durer jusqu’au début du siècle suivant entre les deux Etats et transformer ce conflit en une guerre de cent ans peuvent paraître concerner des questions moins guerrières – ainsi des défis sur les pêcheries encore au début du vingtième siècle - la lecture que l’on peut en faire renvoie au contraire au défi que s’impose les Etats-Unis d’affronter une puissance navale réputée pour dominer les océans et affirmer contre elle une souveraineté et une indépendance qui fait des espaces marins un enjeu majeur.
