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Les Vertébrés des phosphates crétacés-paléogènes (72,1-47,8 Ma) du Maroc

Résumé : Les phosphates du Maroc s’étendent sur une période d’environ 24 millions d’années(Ma), de la fin du Crétacé (Maastrichtien) à la base de l’Eocène moyen (Lutétien), c’est-à-direla plus longue durée de tous les dépôts phosphatés des « Provinces Phosphogéniques »méditerranéenne et atlantique. Ces sédiments marins ont enregistré l’évolution de la vie dansles mers épicontinentales en marge du Craton ouest-africain et de son arrière pays continental ;ils se caractérisent par leur remarquable richesse en restes de vertébrés fossiles, qui illustre un« point-chaud » de paléobiodiversité quasi-unique au monde, au tournant Crétacé-Tertiaire, enliaison directe avec les apports de nutriments organiques par les courants d’upwellings profondssur la marge océanique Ouest africaine.Ces dépôts se singularisent par une combinaison singulière de facteurs qui en soulignent lavaleur : 1) les découvertes paléontologiques des bassins des Oulad Abdoun et des Ganntourintéressent l’ensemble de la série phosphatée et des grands groupes de vertébrés ; 2) les fossiles sontexceptionnels tant par leur abondance et leur diversité, que par la qualité de leur conservation ; 3)ils documentent une période-clé dans l’histoire évolutive des vertébrés qui peut être suivie in situsur 24 Ma et qui enregistre deux crises biologiques majeures (limites Crétacé/Tertiaire (K/Pg)et Paléocène/Eocène (P/E)) ; 4) ils se situent dans des provinces paléobiogéographiques encoremal connues (marges sud-téthysienne et atlantique et province arabo-africaine) ; 5) l’exploitationscientifique de ces gisements est possible sur le long terme ; 6) les fossiles récoltés ont unegrande valeur à la fois scientifique (plusieurs recherches en cours), mais également patrimoniale(collection de référence mondiale), et muséologique (création d’un musée).Depuis les travaux pionniers du paléontologue français Camille Arambourg publiés entre1935 et 1952, ce patrimoine paléontologique exceptionnel est néanmoins resté sous-exploitéscientifiquement à l’exception des sélaciens, abondamment étudiés. La découverte inattendueen 1996 de restes de mammifères terrestres dans ces phosphates marins a ravivé l’intérêt despaléontologues et a entraîné la signature en 1997 d’une Convention de recherche franco-marocaineentre le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), le Muséum National d’HistoireNaturelle (MNHN), le Groupe Office Chérifien des Phosphates (OCP) et le Ministère de l’Energie,des Mines, de l’Eau et de l’Environnement (MEMEE). En 2005, cette Convention a été élargie auxUniversités Cadi Ayyad de Marrakech (UCAM) et Chouaîb Doukkali d’El Jadida (UCDJ). Notretravail multidisciplinaire mené dans le cadre de cette Convention dite « Phosphapal » a permisnon seulement d’améliorer nos connaissances sur la systématique des vertébrés fossiles desphosphates du Maroc, leurs paléoenvironnements et répartitions paléobiogéographiques, maiségalement de constituer une importante collection paléontologique de référence qui alimente leprojet de création par l’OCP d’un musée dans la ville de Khouribga.Les restes fossiles des phosphates du Maroc illustrent tous les groupes de vertébrés, à l’exceptiondes amphibiens : poissons cartilagineux (sélaciens) et osseux (actinoptérygiens), reptiles (oiseauxinclus) et mammifères, soit en l’état actuel des connaissances 332 espèces, 192 genres et 86familles. La plupart des taxons sont marins mais quelques très rares restes d’animaux terrestresont également été découverts. Plusieurs de ces groupes, tels que les dinosaures non aviens, lesoiseaux, les ptérosaures et les mammifères étaient totalement inconnus du temps des travauxd’Arambourg.3Les sélaciens sont de loin les fossiles les plus abondants et diversifiés avec 250 espèces de requinset de raies. En plus de leur intérêt purement paléontologique (taxonomie), ils représententun outil biostratigraphique de référence pour la datation et la corrélation des phosphates del’ensemble de la marge sud-téthysienne. Les poissons actinoptérygiens sont surtout représentéspar des téléostéens et sont abondants dans tous les niveaux. Ils demeurent largement inédits endehors de quelques études ponctuelles. Les reptiles (y compris les oiseaux) sont également trèsabondants et diversifiés (au moins 55 espèces) et souvent représentés par des spécimens completset spectaculaires. Mis à part quelques taxons terrestres (dinosaures non aviens et ptérosaures),ils incluent des formes majoritairement marines appartenant aux chéloniens, squamates,plésiosauriens, crocodyliformes et oiseaux. Cette paléoherpétofaune des phosphates du Marocreprésente une référence mondiale pour les faunes de reptiles marins du Crétacé supérieur -Paléogène inférieur de la marge Sud-téthysienne. Les mammifères continentaux, groupe le plusinattendu dans ces dépôts marins, sont représentés par au moins dix espèces appartenant auxordres des hyaenodontidés, proboscidiens, hyracoïdes et condylarthres. Ils figurent parmi lesplus anciens placentaires d’Afrique et les plus anciens fossiles connus d’ongulés modernes aumonde.
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Contributeur : sylvain Adnet Connectez-vous pour contacter le contributeur
Soumis le : mardi 25 août 2020 - 17:34:53
Dernière modification le : samedi 18 juin 2022 - 03:56:46

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Citation

Nathalie Bardet, Emmanuel Gheerbrant, Abdelmajid Noubhani, Henri Cappetta, Stéphane Jouve, et al.. Les Vertébrés des phosphates crétacés-paléogènes (72,1-47,8 Ma) du Maroc. Mémoires de la Société Géologique de France, Société Géologique de France, 2017, Paléontologie des vertébrés du Maroc : état des connaissances, t.180. ⟨hal-01953881⟩

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